top of page

Articles

Les entreprises face aux enjeux de société

Dans un monde « VUCA », les entreprises prennent conscience de leur rôle moteur à jouer dans la transition écologique, quitte à adapter leur stratégie.

 

Une entreprise est par définition ouverte sur l’extérieur, doit bâtir ou faire évoluer sa stratégie en tenant compte du contexte économique, politique et social, et de son environnement de marché. Dans un monde globalisé, c’est souvent à l’échelle mondiale qu’il convient de raisonner. Selon la définition de Chandler, « la stratégie est la détermination des buts et des objectifs à long terme, des moyens d’actions et des ressources ». Elle repose sur une vision claire des forces et des faiblesses de l’entreprise, des opportunités qui s’offrent à elle et des menaces qui pèsent sur elle. Des outils tels que le modèle PESTEL (cf. ci-dessous) permettent de dresser la liste de tous les facteurs externes à prendre en considération.

Au moins quatre d’entre eux, en l’occurrence les facteurs environnemental, social, politique et technologique recouvrent en réalité les principaux enjeux auxquels notre société fait face en ce XXIème siècle. Si l’on devait se risquer à les hiérarchiser et n’en retenir que trois principaux, nous citerions :

  • la croissance démographique mondiale ;

  • la transition écologique ;

  • l’évolution des attentes des salariés/consommateurs à l’ère post-industrielle.



Croissance démographique mondiale


Le graphique ci-dessous illustre la croissance démographique mondiale de 1950 à nos jours, et montre comment la population devrait évoluer sur les cinq continents d’ici à 2100. Selon les projections, notre planète devrait compter 11 milliards d’habitants au début du XXIIème siècle, dont plus de 80% en Afrique et en Asie. Cette évolution cache cependant des disparités, puisque la population africaine devrait croître de manière continue jusqu’en 2100, tandis que la population asiatique devrait entamer son déclin à partir de 2050. La population européenne serait appelée au mieux à stagner et devrait même commencer à décroître.


Si la croissance des populations africaine et asiatique offre des opportunités de marché considérables, le poids démographique croissant de l’Afrique et de l’Asie soulève des questions notamment en termes de soutenabilité économique et environnementale, dans la mesure où ce sont les villes, déjà surpeuplées et polluées, qui absorberont ces populations supplémentaires. Le Caire franchira prochainement le cap des 25 millions d’habitants et Lagos compte près de 23 millions d’habitants. Shanghai comptait plus de 26 millions d’habitants en 2019 et Pékin plus de 21 millions.


A l’échelle planétaire, la question de la sécurité alimentaire et de la consommation de l’eau devient cruciale et pourrait, faute d’anticipation, entraîner des problèmes géopolitiques sans précédent. Les questions du logement, de la santé et de la salubrité devraient aussi repasser au premier plan. Celle de la consommation mondiale d’énergie l’est déjà depuis une bonne décennie.


En Europe, la population devrait donc entamer un lent déclin sous l’effet du vieillissement naturel. Cette évolution aura un impact sur les besoins en santé, sur la consommation des ménages, l’épargne et in fine sur les investissements. Sur le plan politique, l’exemple de la réforme du système français de retraite par répartition montre à quel point l’équation est difficile à résoudre. Comment financer le système s’il y a moins d’actifs et s’il y a moins de croissance ? Comment demander à la population de travailler plus si, dans le même temps, les plus de 50 ans ont toujours autant de mal à retrouver un emploi ? Ce sujet complexe appelle maintes réflexions, notamment sur le recrutement et l’employabilité des seniors. En 2035, l’Europe comptera 150 millions de seniors.


La transition écologique


La question de la durabilité des ressources de notre planète a été médiatisée pour la 1ère fois en 1972, après la publication du rapport Meadows sur les « limites à la croissance » dans le cadre du Club de Rome. Raréfaction des ressources non renouvelables, épuisement des sols, pollutions aux conséquences multiples et effets climatiques y étaient déjà pointés. En 1987, on assiste à l’émergence de la notion de développement durable, dans le cadre du rapport Brundtland. Elle se définit comme la capacité des générations présentes à satisfaire leurs besoins sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs.


Aujourd’hui, soit 50 ans après le Club de Rome, on parle de transition écologique, pour désigner le « processus de transformation de l'économie visant à maintenir les ressources et régulations en-deçà de seuils critiques pour la viabilité de nos sociétés ». Parmi les mesures emblématiques entrées en vigueur en France au 1er janvier 2022 on peut citer l’interdiction d’éliminer les invendus non alimentaires (produits d’hygiène et de puériculture, produits d’éveil et de loisirs, livres et fournitures scolaires, équipements de conservation et de cuisson des aliments), la fin des emballages plastiques autour de certains fruits et légumes, l’interdiction des jouets en plastique offerts dans certains menus, la fin de la livraison sous plastique des journaux, magazines et publicités, ou encore la nouvelle réglementation environnementale des bâtiments neufs, appelée RE2020.


Des attentes RSE toujours plus affirmées


Changement climatique. Catastrophes naturelles. Fièvres sur les marchés du pétrole et du gaz. Conflits. Pandémie. On parle beaucoup de monde VUCA – pour Volatilité, Incertitude (Uncertainty), Complexité et Ambiguïté. Né aux Etats-Unis à la chute de l’URSS, cet acronyme n’a jamais aussi bien caractérisé le monde actuel. Parfaitement conscients du monde qui les entoure, les consommateurs d’aujourd’hui deviennent de plus en plus exigeants. Et c’est tant mieux, pourrait-on dire.


Ainsi, la responsabilité sociale et environnementale est devenue le nouveau graal des entreprises, car d’une part elle leur permet d’afficher leur engagement sur les sujets de société importants, et d’autre part parce que la politique RSE est devenue un levier d'attractivité auprès de salariés en quête de sens. Selon une enquête de l’ANDRH réalisée en septembre dernier auprès de 5 000 entreprises, 53% des DRH prévoient de renforcer les actions RSE en 2021, contre 27% en 2020.


Cette évolution témoigne d’une prise de conscience collective sur le caractère limité des ressources de notre planète, étant entendu que l’utilisation excessive des ressources naturelles pour les besoins de la production industrielle et la pollution des sols aggravent la raréfaction des ressources. Le réchauffement climatique et les catastrophes naturelles (canicules, sècheresses, feux de forêt, inondations, cyclones…) qui se multiplient dans le monde entier sont autant de signaux alarmants qui ne sont plus ignorés par des consommateurs citoyens.


Preuve que ces sujets sont pris à bras le corps par les grandes entreprises, les équipes RSE ont été renforcées et rapprochées des instances dirigeantes. Chaque secteur présente des spécificités et fait face à des enjeux spécifiques, qui seront présentés dans un article à paraître prochainement sur ce blog.


Et elles ont raison. Dans un contexte où l’action politique est remise en question – les Etats ont-ils été capables de répondre à l’urgence, alors que les questions environnementales sont sur la table depuis 50 ans ? – les dirigeants d’entreprises ont le pouvoir d’agir et peuvent s’appuyer sur tout un collectif. Il y a fort à parier que les entreprises qui gagneront demain seront capables d’aligner leur stratégie avec les objectifs environnementaux et sociaux tout en faisant mieux converger intérêts des actionnaires, intérêts des salariés et intérêts des consommateurs.


 

Références et bibliographie :


Alfred D. Chandler, Jr., Stratégies et structures de l’entreprise, Paris, Les Editions d'organisation, 1972



10 vues0 commentaire

A l'heure de la transition écologique, sur quels leviers s'appuie la fonction RH pour garantir que les organisations  disposeront des compétences et des talents de demain ?

Master 2 Executive Gestion des Ressources Humaines et
Relations de travail -
CIFFOP - Promotion 2021/2022
 

bottom of page