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A la rencontre de Raphael Zaccardi, membre de la Convention des entreprises pour le Climat

Raphaël Zaccardi, ex PDG de Caterpillar France et membre de la Convention des entreprises pour le Climat, revient avec nous sur son parcours, son engagement, et la nécessité aujourd'hui d'aller plus loin qu'une démarche RSE standard.

 

Qui est Raphaël Zaccardi ?


Raphael Zaccardi a passé 35 ans de sa carrière chez Caterpillar France, il a notamment été le PDG de Caterpillar France d'août 2018 à mai 2022.


En tant qu’acteur industriel de la région de Grenoble, il était déjà engagé sur les problématiques liées à la transition écologique. Des problématiques de pollution depuis des années ont fait que Grenoble était un peu à l’avant garde et la COP21 a mis en avant un certain nombre de choses rendant la transition écologique inévitable. Chez Caterpillar France, des actions en lien avec la transition écologique avaient été mises en œuvre. Raphaël Zaccardi en était assez fier et s’est dit « tiens n’est-ce pas une occasion d’aller plus loin ».


Il a ainsi pris la décision de s’engager pleinement au sein de la Convention des entreprises pour le climat, « la CEC », et a pour cela démissionné de son poste de Président de Caterpillar France et a suspendu son contrat de travail pendant un an.


La CEC permet aux représentants des entreprises de mener une réflexion collective, de partager des idées, avec des groupes différents et des typologies de métiers différentes, ce qui permet d’avoir une réflexion, une vision plus large que sa propre réflexion classique d’entreprise ou de leader.


C’est une victoire pour Raphaël Zaccardi, il est très content de son investissement et des échanges qu’il peut avoir au sein de la CEC : des échanges de feuilles de routes des différentes entreprises, sur leurs différentes approches et s’apportent mutuellement un œil critique les uns par rapports aux autres, en intelligence collective. Il explique que cela lui a ouvert les yeux, il a pris conscience qu’il n’avait qu’une petite partie de la vision de ce qui allait se passer. Il comprenait qu’il y avait un enjeu climatique mais il avait sous-estimé l’enjeux « risque planétaire », « épuisement des ressources ». Il a ainsi réalisé que si on n’intégrait pas cela, on allait mourir de notre petite mort, et qu’on avait donc intérêt à réfléchir aux changements à faire et mettre en place.


Dans cette optique, la CEC 2022 force les entreprises à réfléchir, à essayer de dessiner un cadre 2030 et à s’interroger pour savoir à quoi elles ressembleraient dans 10 ans. La réflexion, ici, ne se fait pas d’un point de vue purement écologique (eau, matière…) mais d’un point de vue complet avec des réflexions d’entreprises, de collectifs, de personnes.


Ce qui a notamment intéressé Raphaël Zaccardi lorsqu'il a accepté de nous accorder un temps d’échange est l’aspect humain et la partie RH de notre réflexion. Il a toujours œuvré dans sa vie professionnelle en s’interrogeant sur sa manière de faire pour inspirer son organisation et comment faire en sorte de l’embarquer dans un chemin et tout particulièrement aujourd’hui celui de la transition écologique.


Il est en fin de carrière professionnelle et veut embarquer, inspirer, engager, éveiller son organisation [Caterpillar France] sur les enjeux et la faire participer au dessin de cette nouvelle feuille de route. Il souhaite s’assurer que son successeur comprenne, accepte et transitionne le mieux possible pour ne pas tout perdre. Il doit retourner dans un an au sein de son entreprise, il ne sait pas encore quel sera son rôle mais veillera à ce qu’il ait du sens. Pourquoi pas aider, accompagner, effectuer une mission pour l’entreprise en lien avec la transition écologique sur laquelle il travaille au sein de la CEC.


Aujourd’hui, il souhaite mettre son temps au service de la collectivité. Il souhaiterait même embarquer d’autres entreprises dans cette voie, car 150 entreprises (actuellement membres de la CEC 2022), ce n’est pas assez pour actionner la transition écologique aujourd’hui inévitable.


Comment impliquer les entreprises dans la transition écologique ?


Pour Raphaël Zaccardi, il faut que le dirigeant incarne les choses. Il a accepté de prendre une claque mémorable lors de la première rencontre de la CEC où il a réalisé qu’il n’avait rien compris, qu’il était loin du compte, qu’il ne savait pas où il allait, mais il a décidé qu’il allait y aller, se mettre en route et faire ce qu’il fallait pour que ça change.


Il pense que le rôle des RH est très important. Une fois que le dirigeant a incarné et compris ce qu’il faut faire, son adjoint n°1 qui est le DRH doit prendre le relais.


Comme il vient du secteur de l’industrie, Raphaël Zaccardi est très sensible à l’activité syndicale, selon lui il faut aussi embarquer les syndicats, filtres et porte-paroles des salariés. C’est fondamental de les utiliser, d’accepter la confrontation, la discussion dans la transition écologique. Certains sont plus ou moins faciles, avec des perspectives différentes, mais les leaders syndicaux doivent aussi faire leur démarche, leur voyage intellectuel sur la transition écologique. Il ne faut donc pas oublier de les mettre dans la chaîne de valeur de cette transformation, puisque ça ne se fera pas sans eux. Il serait d’ailleurs intéressant de faire travailler les DRH sur cet enjeux-là.


Selon, RZI,lIlIlll ilI Il y a donc trois dimensions à prendre en compte dans la sensibilisation de l’entreprise aux enjeux de la transition écologique : le DG, le COMEX et la diffusion auprès des salariés qui supposera l'adhésion des syndicats. Il est nécessaire d’accepter le bottom up : il faut se demander comment le salarié ressent cela et s’il est aligné ?


Quelle a été l'action de Raphaël Zaccardi chez Caterpillar France ?


En démarrant la CEC, Raphaël Zaccardi a tout d’abord souhaité réaliser sa propre fresque du climat car il avait besoin de prendre conscience des choses qu’il savait et qu’il ne savait pas. C’est un outil est facile à utiliser, ludique et didactique.


Ensuite, il s’est engagé comme animateur de fresques et a donc commencé à “fresquer” au sein de son entreprise. Il a commencé par embarquer le comité collectif RSE, plus sensible au sujet, et les a “fresqués”. Puis, petit à petit, ils ont “fresqué” ensemble. Raphaël Zaccardi a ensuite souhaité “fresquer” le comité d’entreprise pour pouvoir à termes le faire pour l’ensemble du personnel. Les syndicats s‘interrogeaient au départ mais ont été, finalement, convaincus à l’idée de “fresquer” tout le monde.


Pour cela, Raphaël Zaccardi s’est attaché à montrer la sincérité et l’authenticité de son message, le besoin de le faire et comme c’est lui, le PDG, qui a porté le sujet, et qu’il a “fresqué” lui-même, le signal était assez fort et a permis de donner de la crédibilité à l’action et la transition qu’il engageait. Ils sont maintenant 25 “fresqueurs” au sein de l’entreprise [animateurs] et ont déjà “fresqué” 500 sur 1 500 collaborateurs.


RaPhaël Zaccardi a eu l’occasion de “fresquer” des membres du COMEX mais aussi des opérateurs d’atelier. Le message n’est pas le même, la réaction n’est pas la même. C’est aussi ce qui est intéressant dans l’exercice, il faut s’adapter à la maturité qui est en face, aux exigences, aux freins aux dits et aux non-dits. Il rappelait systématiquement qu’il était certes le PDG mais que dans cet exercice il était simplement “fresqueur”, et souhaitait travailler avec eux.


La prise de conscience individuelle, incontournable pour la mettre au service de l’entreprise


Cette démarche met en action le collaborateur, l’individu, et comme il le fait dans l’enceinte de l’entreprise vient ensuite la question de savoir ce que l’on doit faire dans l’entreprise. L’idée est donc d’engager un bottom up de prises de conscience et de mises en action.


Grâce à la CEC, Raphaël Zaccardi avait un peu de recul sur la question consistant à savoir où on va en tant qu’entreprise, il pouvait alors indiquer ce qu’il pensait de l’entreprise, ce qui allait se passer et la raison pour laquelle il réfléchissait à ces sujets et expliquer pourquoi au niveau de la CEC ils envisagent telle ou telle démarche. Cela lui a donc permis d’engager les collaborateurs au-delà de leur seul engagement personnel, d’amener subtilement l’idée que les métiers, l’activité vont changer, qu’il faut s’y préparer, et conduire à cette réflexion.


Un feuille de route des 10 ans de Caterpillar France


En 2022, Raphaël Zaccardi et le comité de direction souhaitent aligner la sensibilité des collaborateurs au même niveau, faire en sorte que tout le monde ait compris et au moins entendu la même chose sur les enjeux, qu’on sache ce qu’est le rapport du GIEC, qu’on ait des éléments de base etc… Viendront après la solution, l’écriture de la solution et la participation à cette écriture.


Il a essayé de créer avec la deployment champion, la personne qui développait avec lui la RSE, un curriculum de formations sustainability : que veut-on que chacun ait eu comme formation théorique, pratique cette année ? La fresque du climat en est un élément.


D’autres fresques plus techniques et pointues en fonction des métiers (ex : fresque du numérique) existent, ou encore l’atelier 2tonnes, qui permet une fois qu’on a compris de se demander comment on se met en route personnellement pour réduire son impact.


L’idée est donc qu’au sein de l’entreprise il y ait un nombre d’heures dédié à la compréhension des fondamentaux nécessaires à la transition écologique en tant qu’individu et qu’entreprise. Cela permet ainsi qu’il y ait une base solide commune avant de venir et d’impliquer les collaborateurs dans le dessin de la feuille de route, car c’est un préalable indispensable est la compréhension de la réflexion.


Vers un avenir désirable


Raphaël Zaccardi fait le constat qu’on a trop souvent entendu le message transition écologique = politique = victimisation et culpabilisation. Selon lui, ce message a fait beaucoup de mal à la transition et à la capacité des gens à s’embarquer dans le voyage.


L’idée de la CEC est justement d’amener l’organisation qui doit changer vers un futur désirable, vers une image, quelque chose qui va attirer les gens pour le faire.


D’accord on ne part pas du même point de départ, en tant que dirigeant ou en tant qu’opérateur d’assemblage, mais ce qui est décrit permet de se positionner en tant qu’opérateur d'assemblage, d'envisager de changer de métier, d’aimer travailler dans cette entreprise… Il faut réussir à faire faire ce voyage en dessinant un futur désirable pour chacun.


Typiquement la fresque des nouveaux récits avec du storytelling, va permettre d’accompagner ce mouvement. Il ne suffit pas de dire qu’il faut changer, il faut expliquer le nouveau demain et mettre en avant le bien, le plaisir et le positif de celui-ci. Cette fresque fait réfléchir à faire ce genre de démarches donc les RH et les dirigeants devraient faire cette fresque.


La nécessité d’aller plus loin qu’une démarche RSE classique


Au sein de Caterpillar France, il y avait une démarche RSE : sur les parties sociale, environnementale et économique. Toutefois la participation de Raphaël Zaccardi à la CEC lui a permis de prendre conscience qu’il fallait aller plus loin, aller au bout du raisonnement, pousser les curseurs.


Selon lui, la démarche RSE qui n’existe pas dans toutes les entreprises et qui consiste à réduire nos ressources, nos consommations d’eau, d'électricité, ou à mettre des verres en carton plutôt qu’en plastique dans les cantines etc… c’est bien mais pas suffisant.


”On est tous en train de consommer les ressources de la planète et si on veut que ça marche il faut rendre à la planète ce qu’on lui a pris”. Une fois ce constat posé, comment faire en tant qu’entreprise ? A titre d’exemple, comment Caterpillar France peut régénérer la planète alors que l’entreprise fabrique des engins eux-mêmes extraits de minerais, faits en acier, plastique dont l’utilisation va à l’encontre de cela ?


Selon RZ, il faut que tout l’écosystème se mette en mouvement : si nos clients utilisent des matières différentes (ex: si on travaille sur des aciers faits différemment avec de l'hydrogène plutôt que du carbone), si à chaque fois qu’on enlève une ancienne route, on récupère le bitume, on le réinjecte et on fait en sorte qu’il resserve, si on recycle les matières, et si on crée de nouveaux usages etc…


Raphaël Zaccardi souligne également la nécessité que la réglementation française et/ou européenne interviennent. Chaque entreprise devrait à terme rendre compte non plus uniquement de leur gestion financière mais plus globalement d’une comptabilité analytique, financière, économique, sociale (combien d’emplois créés et détruits, combien de personnes embauchées en tant que travailleur handicapé, égalité des chances…) et environnementale. Il faudrait donc cesser de scinder ces différentes approches autrement les décisions ne pourront se faire en cohérence.

L’engagement de RZ au-delà de sa propre entreprise :

Une fois que RZ a compris qu’il devait faire des choses pour son entreprise, en tant que membre du MEDEF et de la chambre de commerce, il porte le message selon lequel les entreprises en général doivent s’engager et jouer un rôle clé dans la transition.

Pour RZ, il y a trois acteurs, il y a l’individu, le gouvernement (les collectivités locales incluses) et les entreprises.

Il a aussi démarché la filière dans laquelle il travaillait, a fait le prêche auprès d’Evolis (le syndicat de la construction) en indiquant qu’il fallait, encore une fois, que les entreprises d’Evolis s’engagent dans cette transition. D’autant plus que si les concurrents de Caterpillar France ne le font pas et que Caterpillar France le fait seul, l’entreprise va y perdre à court terme mais à long terme va gagner sauf si elle meurt avant (en voyant les parts de marché partir chez le concurrent). Il est donc nécessaire de réfléchir en termes d'écosystème (fournisseurs, clients) mais aussi en tant que filière, secteur.

A titre d’exemple, RZ s'est adressé à Bergerat, qui est le concessionnaire français, pour voir comment parler ensemble à leurs clients, également utilisateurs des engins de Caterpillar, et comment les embarquer dans cette transition.

Quels métiers et quelles compétences pour demain ?


Il y a tout d'abord une phase à court terme où on a besoin de personnes qui vont aider à transitionner, qui vont animer des ateliers, faire réfléchir etc… Il y a toute une série de métiers qui a compris qu’elle devait faire quelque chose, mais elle doit préciser ou éclaircir ce qu’on mesure, comment on le fait, et comment on fait en sorte que la comptabilité carbone ou environnementale soit le béaba de tous les jours et de tout le monde et pas seulement d’un expert ou deux. Il faut arriver à ce qu’il y ait des Monsieur carbone et des Madame carbone qui aident à développer des outils pour que tout le monde sache parler le carbone comme parler français par exemple.


La transition écologique est sociétale, sociale et doit embarquer les gens, leur donner le pouvoir et la parole pour que l’intelligence collective permette de faire évoluer les dynamiques de gestion des ressources et des organisations de manière cohérente.


A titre d’exemple, aujourd’hui au sein de la CEC on a le groupe “Les collectifs” qui essaie d’avoir des portes paroles au sein des entreprises pour favoriser les prises de paroles (idée d’aider l’entreprise à créer ces paroles). Car la parole employeur, la marque employeur ou simplement l’image de l’entreprise pour le collaborateur va être beaucoup plus déterminante qu’elle ne l’a été dans le passé comparé aux salaires ou à autre chose. Donc si le salarié ne se sent pas à l’aise, l’exprime mais qu’on ne l’écoute pas, ou si en tant qu’individu il ne peut pas s’exprimer, il s’en ira.


Dans la série des métiers qui évoluent, il y a aussi une nouvelle dynamique du management. Qu’est-ce que c’est un manager de demain par rapport à aujourd'hui ? Et c’est la même interrogation pour un Président ce qui renvoie à l’idée de « servant leadership », où on impulse l'idée et le cap et pas nécessairement la feuille de route dans le détail.


A titre d’exemple, pour Caterpillar France, il a fait faire des groupes cross functional dans toute l’entreprise afin de connaître leur vision de l’entreprise, sur différentes thématiques en leur demandant de dessiner Caterpillar en 2030 : un groupe d’opérateurs d’ateliers de moins de 30 ans – un groupe de moins de 30 ans chez les cadres et administratifs - un collectif RSE – le collectif innovation des produits technologiques – et le collectif “diversité-inclusion” (handicap/égalité des chances). Ils devaient tous décrire Caterpillar France dans 10 ans en 4 min. Ensuite leurs vidéos ont été présentées à l’ensemble du personnel, pleins de choses sont sorties. Il y avait une certaine cohérence dans certaines thématiques et des choses qui n’étaient pas en phase, ce qui montre la dynamique d’entreprise : il faut en discuter, mettre sur la table les différences, trouver des solutions. Raphaël Zaccardi avait ensuite 30 min pour répondre aux questions sur ce qui avait été dit par ce petit collectif de 40-50 personnes. Il y a eu une vingtaine de sessions, pour qu’il y ait assez de collaborateurs qui aient les moyens de s’exprimer (pour impliquer les 1500 collaborateurs).


Ce qui est intéressant, c’est qu’une partie demandait « mais finalement, on va faire ce qui a été dit ? » Raphaël Zaccardi répondait « je ne sais pas je ne serai pas là dans 10 ans, si vous dites qu’il faut le faire bossons sur le sujet ». Son message était : l’entreprise vous appartient aussi, il n’y a pas que le PDG qui a la science infuse sur ce qui va se passer dans 10 ans.


Un second tour a ensuite été engagé, après avoir digéré les choses dites, et pris en compte les éléments de réflexion de la CEC. Raphaël Zaccardi y a fait part de ce qui lui semblait important d’intégrer aussi dans la vision. Il est conscient qu’il faudra faire différentes versions (des V2, V3…), en invitant tout le monde à retravailler sur cette réflexion et c’est ce qu’il essaie de mettre en place avec son successeur.

 

Pour aller plus loin :


Visiter le site de la Convention des entreprises pour le Climat


Ecouter le Podcast Des dirigeants au service d'une planète viable


Lire l'article sur notre blog « La fresque du climat, une prise de conscience nécessaire pour s’engager dans la transition écologique »


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A l'heure de la transition écologique, sur quels leviers s'appuie la fonction RH pour garantir que les organisations  disposeront des compétences et des talents de demain ?

Master 2 Executive Gestion des Ressources Humaines et
Relations de travail -
CIFFOP - Promotion 2021/2022
 

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