top of page

Articles

A la rencontre d'Anne-Sophie PAUL DAUPHIN, responsable RSE chez L'Oréal Luxe France

Dernière mise à jour : 24 mai 2022

Le mardi 17 mai 2022, j’ai eu le plaisir de rencontrer Anne-Sophie PAUL DAUPHIN, Responsable RSE chez L'Oréal pour la Division Luxe France. Anne-Sophie a travaillé 8 ans en marketing dans le développement produit pour les marques Lancôme, YSL Beauté et Biotherm avant de devenir Responsable RSE en octobre 2021.

 

Ces derniers mois, plusieurs collaborateurs du groupe L’Oréal ont été nommés comme vous, Responsable RSE, au sein des divisions, des zones, des marques etc… Pourriez-vous me dire pourquoi ?


Parce que c’est une vraie volonté du groupe de commencer à nommer des patrons développement durable dans les filiales.


Chez L’Oréal, cela fait longtemps que nous travaillons sur le sujet - nous faisons d’ailleurs partie des entreprises précurseurs - mais c’était au siège, à la holding. Ils ont œuvré depuis dix ans en transformant les achats, la recherche, le développement et les opérations. C’est pourquoi vous voyez des shampoings solides dans les supermarchés, des parfums rechargeables dans les parfumeries etc…


Mais aujourd’hui, nous sommes à un moment où la transformation doit descendre. C’est-à-dire, dans la manière dont nous faisons du business, et pas seulement dans les produits que nous proposons. Avoir la main sur la transformation : dans la manière dont on fait du commerce, dont on gère nos flux logistiques et nos transports, donc leurs émissions de CO2, de tout ce qu'on fait en matière de sur-emballage pour éradiquer le plastique vierge etc… C’est pourquoi le groupe demande aujourd’hui que les quinze pays stratégiques du monde de l’Oréal se dotent d’un directeur développement durable.


Quels sont les objectifs qu’on vous a donné lorsque vous avez pris ce poste ? Quelle était votre feuille de route ?


On m’a donné 3 objectifs pour 2022 :


1/ Lutter contre le gaspillage sur toutes ces formes.

La forme la plus emblématique en sont les produits finis. La loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Economie Circulaire) est entrée en vigueur et en application au 1er janvier 2022, et elle nous interdit de détruire les produits invendus. Mais L’Oréal était déjà précurseur sur le sujet et demandait déjà de réduire au minimum les destructions. Donc, j’aide les équipes marketing et commerciales à mieux dimensionner les retours de book, à ne pas se laisser atteindre par les DMI (Directions Marketing Internationales) qui demandent d’augmenter les quantités. Réfléchir à comment on dimensionne mieux ? Comment on fait au plus juste ? Et comment on réfléchit de manière plus long terme ?


2/ Engager nos enseignes dans la transformation.

Par exemple, la semaine dernière avec Nocibé, j’ai présenté la stratégie RSE. Nous avons monté une équipe conjointe Nocibé / L’Oréal Luxe France sur différents sujets que nous avons identifiés et qui nous paraissent les plus importants. Et nous allons travailler sur ces sujets dans les prochains mois à travers trois ou quatre workshops, afin d’atterrir à la fin de l’année sur un accord commercial qui intégrera des notions de RSE.


3/ L’upskilling des équipes.

C’est-à-dire comment on embarque les équipes à se transformer ? Comment vont-elles prendre en charge les sujets RSE et changer leur manière de travailler pour intégrer ces problématiques ? Nous avons donc été formés à la fresque du climat.


Justement, je souhaitais vous interroger sur la fresque du climat ? Quel est l’objectif ?


De nous former nous-même. C’est Antoine RABAIN (instructeur, formateur et animateur agréé de la Fresque du Climat) qui nous a fait la fresque pendant 3 heures. Je dois avouer que la première fois, j’ai eu envie de sauter par la fenêtre car c’est très anxiogène et angoissant. Ensuite nous avons été formés pendant une journée pour être sensibilisateur et animateur. Nous ne sommes pas formateurs, nous sommes animateurs de la fresque. Nous sommes maintenant dix personnes qui pouvons sensibiliser à la fresque du climat et nous avons pour objectif de la dérouler à toute l’affaire France.


Cela prend combien de temps de faire une fresque ?


Cela dure 3 heures. La première partie dure 1h20. C’est une introduction pour expliquer ce qu’est la fresque. Pour expliquer que ce sont des choses qui sont extrêmement factuelles et qui viennent du rapport du GIEC. Il n’y a pas de jugement de valeurs, alors que le sujet du réchauffement climatique peut être très clivant, notamment sur un sujet intergénérationnel. Donc nous partons vraiment sur un socle très sain, nous déroulons seulement les faits et nous demandons aux participants de mettre leurs jugements de côté. C’est vraiment que du factuel.


Ensuite nous faisons la fresque. Il y a cinq lots de carte qu’on doit placer de cause à conséquence du réchauffement climatique. Et on doit comprendre d’où est ce que ça vient ? Quels sont les mécanismes scientifiques ? Mais c’est assez anxiogène. Lors de ma dernière fresque j’ai une participante qui s’est mise à pleurer. Ça l’a vraiment angoissée et elle s’est dit : « je ne sais même pas si je veux faire des enfants dans ce monde ».

Nous avons donc une partie « arbre des émotions », où nous demandons aux équipes de s’exprimer, parce que ça peut être lourd.


Après, nous expliquons notre programme « L’Oréal pour le futur », lancé en 2020 et qui engage le groupe pour les 10 prochaines années.


Vient ensuite une partie sur : « Et vous concrètement, quel va être votre plan d’action pour avoir un impact positif sur le réchauffement climatique ? Qu’est-ce que vous allez mettre en œuvre en tant qu’affaire ? mais aussi à l’échelle individuel ? » Et nous leur partageons un QR code afin de calculer leur impact carbone sur https://nosgestesclimat.fr/ , qui permet de savoir combien on consomme et comment on peut arriver aux fameuses 2 tonnes d’ici 2030.


Enfin la dernière priorité : c’est comment les marques jouent-elles correctement leurs Green Key Bets ? Par exemple le parfum La Vie Est Belle qui devient rechargeable cette année, pour ses 10 ans. La rénovation d’Acqua Di Gio et qui devient rechargeable également. Le nouveau mascara Hypnôse de Lancôme qui est tout en verre et donc complètement recyclable. Comment on joue nos gros piliers pour les mettre en avant le plus possible.



Lors de votre prise de poste, avez-vous reçu une formation ?


Oui, j’ai bénéficié de la formation « Business Substainability Management » avec Cambridge qui se déroule sur 8 semaines à hauteur de 14h par semaine. Elle permet de se muscler sur la théorie environnementale et de comprendre que ce n’est pas antinomique avec le business. On voit très souvent des activistes qui sont contre les grands groupes. Or les grands groupes vont avoir une marge de manœuvre, une bonne force de frappe, et vont pouvoir changer les choses. Donc cette formation apprend à mettre le business au service de la RSE. Comment on embarque des gens hyper réfractaires à ce sujet ? Et avoir à terme un business plus responsable, plus sain et plus pérenne.


Aujourd’hui, quel est le projet le plus important en impact RSE que le groupe ait mis en place ? Et quels ont été les résultats ?


La contribution de l'industrie cosmétique aux émissions de gaz à effet de serre mondiales n’est pas énorme. Nous sommes entre 0,5 et 1,5%.


Dans ces 0,5 et 1,5%, 40% réside dans la phase d'usage de nos produits. C'est à dire l'eau que nous utilisons pour rincer nos produits et l'énergie pour chauffer cette eau. Donc pour nous, il est fondamental de travailler sur cette phase d'usage et c'est d'ailleurs un de nos grands engagements de notre programme L'Oréal pour le Futur. Un de ces engagements est de dire que d'ici 2030, nous aurons aidé nos consommateurs à réduire de 25% leurs émissions de gaz à effet de serre.


Alors comment faisons-nous cela ? Via la recherche et développement. Nous avons deux lancements assez majeurs qui ont eu lieux il y a 2 ans et cette année, avec des nouvelles technologies capillaires que nous appelons des technologies hautement rinçables. C'est à dire qu'on a formulé tous nos petits sulfates et nos petits tensioactives, de manière qu’en moyenne un consommateur utilise entre -30% et -40% d'eau pour les rincer. Donc ces 2 lancements, c'est notre technologie de shampoing solide qu’on a lancé chez Dop, Ultra Doux et Kiehl’s et l’après champoing sans rinçage, dans un tube eco-concu, 50% carton 50% plastique.


Après, dans les autres impacts sur lesquels nous travaillons beaucoup il y a justement le sujet du packaging. C’est à peu près 20% de nos émissions de gaz à effet de serre.


Chez L'Oréal, nous travaillons sur les 3 R - Réduire Remplacer Recycler :

- Remplacer le plastique par du carton

- Réduire le poids du plastique

- Recycler toutes nos bouteilles en PET (100% issus de plastique recyclé)


Vous-même aujourd’hui, avez-vous changé votre manière de consommer ?


Oui. J’ai décidé d’arrêter de prendre l’avion, d’acheter des bouteilles en plastique, et j’ai diminué ma consommation de viande, notamment la viande rouge.

19 vues0 commentaire

A l'heure de la transition écologique, sur quels leviers s'appuie la fonction RH pour garantir que les organisations  disposeront des compétences et des talents de demain ?

Master 2 Executive Gestion des Ressources Humaines et
Relations de travail -
CIFFOP - Promotion 2021/2022
 

bottom of page